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L'Autorité de la concurrence juge préoccupant le niveau de concentration de certaines zones de chalandises. Elle constate qu'il est aujourd'hui très difficile de créer de nouveaux magasins. Pour redynamiser la concurrence, il faut d'une part lever les barrières comportementales à l'entrée (par exemple, les pratiques de gel du foncier commercial), et d'autre part favoriser la mobilité des magasins indépendants entre enseignes concurrentes, entravée aujourd'hui par des contrats trop longs et trop rigides. Elle estime qu'une intervention du législateur en ce sens pourrait s'avérer nécessaire. L'Autorité de la concurrence s'est auto-saisie pour avis en février 2010 dans le secteur de la distribution alimentaire afin d'étudier les comportements des grandes enseignes relatifs à la gestion du foncier commercial et les modalités selon lesquelles sont conclus les contrats d'affiliation des magasins indépendants aux différents groupes de distribution. Aux termes de son analyse, l'Autorité de la concurrence juge préoccupant le niveau de concentration de certaines zones de chalandises, notamment sur les formats des hypermarchés et du commerce de proximité (voir fiche 1). Elle constate que la situation est aujourd'hui figée du fait de l'existence de nombreuses barrières à l'entrée et des grandes difficultés que rencontrent les magasins indépendants pour changer d'enseignes.
Globalement, la durée d'implantation d'un hypermarché, entre la recherche du foncier commercial adéquat et la finalisation du projet, peut prendre sept à dix ans. Ces difficultés résultent principalement de la réglementation entourant l'exercice de l'activité de commerce alimentaire, mais aussi de la relative rareté du foncier éligible à une activité commerciale à dominante alimentaire et enfin de l'existence de nombreux recours contre les autorisations d'implantation et les octrois des permis de construire. Mais ces difficultés d'implantation sont également la conséquence du comportement des groupes de distribution qui introduisent très fréquemment dans les contrats de vente et d'achat des terrains des clauses de non-concurrence et des droits de priorité pouvant aller jusqu'à 50 ans. Concrètement, la présence de clauses de non-concurrence empêche l'acquéreur ou le vendeur d'un terrain ou d'un local commercial d'exercer une activité alimentaire qui viendrait concurrencer le groupe de distribution déjà présent sur la zone. Quant aux droits de priorité insérés dans les contrats de vente, ils permettent en quelque sorte aux groupes de distribution de « surveiller » la situation concurrentielle, en étant prioritairement informé en cas de revente ultérieure du local ou du terrain et de les racheter alors prioritairement. Ainsi, sur une période très longue, un groupe de distribution est en mesure d'anticiper et de contrer l'arrivée de tout nouveau concurrent sur une zone donnée.
Les six principaux groupes présents en France (Carrefour, Leclerc, Intermarché, Auchan, Casino et Système U) sont rarement tous présents sur chacune des zones de chalandise et si le consommateur dispose d'un choix important en terme de nombre de magasins pour faire ses courses, cette diversité ne reflète pas forcément le degré de concurrence réel qui existe dans sa zone de chalandise (voir fiche 2). Sur le format des hypermarchés par exemple et, à un degré moindre des supermarchés, il demeure très fréquent qu'un groupe de distribution ne soit confronté, sur une zone de chalandise donnée, qu'à la concurrence de deux ou trois opérateurs. Quant au commerce de proximité, il demeure majoritairement concentré autour des opérateurs Casino et Carrefour. Le cas de la ville de Paris est particulièrement frappant à cet égard : le groupe Casino y détient en effet une part de marché de plus de 60 %, tandis que son suivant immédiat, le groupe Carrefour ne détient qu'une part de marché inférieure à 20 %.
Les magasins dits « affiliés » ou « indépendants » représentent la forme la plus répandue de commerce dans le secteur de la distribution alimentaire (autour 70 % selon les formats). Ces magasins sont exploités par des commerçants indépendants qui sont responsables de l'exploitation du ou des magasins dont ils sont les gérants et qui ont choisi de s'affilier à une enseigne. Ils sont soit affiliés à l'un des groupements coopératifs nationaux ou régionaux (E.Leclerc, Intermarché, Système U), soit liés par un contrat de franchise de location-gérance à l'un des groupes intégrés (Casino, Carrefour, Auchan). Ils disposent d'une liberté de décision en matière de politique commerciale (prix, assortiment, opérations promotionnelles) et se distinguent en cela des magasins détenus et gérés en direct par un groupe de distribution intégré (modèle dans lequel le groupe décide seul de la politique commerciale du magasin et s'appuie sur un salarié pour la mettre en œuvre). Les magasins affiliés sont aujourd'hui captifs de l'enseigne qui les regroupe. Des multiples clauses, insérées dans leurs contrats et leurs statuts, freinent leur mobilité et les dissuadent très fortement de changer d'enseigne :
Enfin, les droits de priorité insérés dans les contrats peuvent être actionnés par un groupe de distribution lorsque l'affilié décide de vendre son magasin. Ils restreignent artificiellement le jeu de la concurrence en limitant la possibilité de rachat de magasins indépendants par des groupes de distribution concurrents et contribuent à figer de manière immuable l'implantation géographique des groupes de distribution. Parallèlement, et de plus en plus fréquemment, les groupes de distribution, tant intégrés que coopératifs, prennent des participations minoritaires dans le capital des sociétés d'exploitation de leurs affiliés leur conférant une minorité de blocage, qui leur permettent de s'opposer à tout changement d'enseigne du magasin (pour plus de détails sur ces différents dispositifs, voir fiche 3). Les recommandations de l'Autorité L'Autorité de la concurrence a formulé plusieurs recommandations précises (pour plus de détails concernant ses préconisations, voir fiche 4). Parmi celles-ci, figurent notamment : Pour contrer les stratégies de gel du foncier commercial :
Pour favoriser la mobilité entre enseignes :
Faute pour la profession de mettre en œuvre ces recommandations, une intervention du législateur pourrait être nécessaire. |
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Pour plus de détails sur cet avis consulter le dossier de presse : Fiche 1 : la concentration des zones de chalandise |
Contacts presse :
Virginie Guin :01 55 04 02 62 / Mel
Yannick Le Dorze : 01 55 04 02 14 / Mel

> Voir la décision du Conseil d'Etat du 11 octobre 2012
© Autorité de la concurrence - 7 décembre 2010

